Pays de Cognac

16.01.2006

L'Héritage aux premières loges
Toute la semaine dernière, Vincent Ballanger était le spectateur privilégié du tournage d'un court- métrage de Harry Cleven. Une expérience «fun et sexy»
Ismaël KARROUM
Vincent Ballanger, le propriétaire de l'hôtel Héritage à Cognac, est le premier spectateur d'En attendant le bonheur. Toute la semaine dernière, il s'est retrouvé aux petits soins de l'équipe du tournage du court-métrage de Harry Cleven qui a posé ses valises dans son établissement pour six jours de prises de vue. Dix-huit personnes dans les chambres de l'hôtel Héritage (douze autres dormaient au Mercure), les trente à table midi et soir, Vincent Ballanger est le maître d'hôte de l'équipe.
Un maître d'hôte aux premières loges pour observer le travail des cinéastes et des acteurs. «J'avais déjà vu des tournages de publicité. Ce qui m'a impressionné, c'est le rôdage des équipes. On sent qu'ils ont l'habitude de travailler ensemble. Personne ne se demande ce qu'il doit faire», dit Vincent Ballanger.
Au-delà, il est estomaqué par la transformation de sa décoration et des pièces de son hôtel pour les besoins du tournage. «En deux heures, ils déménagent une pièce, la rendent méconnaissable puis remettent tout en place.» Exemple pour une scène dans un ascenseur.... alors qu'il n'y a pas d'ascenseur à L'Héritage. Les décorateurs en ont créé un faux. Le trompe-l'œil est au cinéma ce que la langue de bois est à la politique: une nécessité parfois.
Un tournage, même de court-métrage, c'est à l'opposé des horaires d'ouverture de la préfecture. «C'est même très free style», note Vincent Ballanger. Le principe des horaires, c'est qu'il n'y a pas d'horaires. «C'est très compliqué à gérer. On a un planning théorique mais qui dépend totalement de la réussite des prises de vue», observe l'ex-rugbyman. De la réussite des prises de vues et de la gestion des galères de dernière minute: comme jeudi soir, dans le bois jouxtant la décharge de Sainte-Sévère, lorsque la voiture prévue pour le tournage a rendu l'âme. Au lieu de 21 heures, l'équipe a fini de tourner vers minuit. Le personnel du restaurant a dû s'adapter et prendre son mal en patience.
Pas forcément
un coup économique
L'amplitude horaire pour les repas va de 11 heures à...1 heure du matin. «Le déjeuner peut être servi de 11 heures à 17 heures. Quant au dîner, ça peut être de 18 heures à 1 heure du matin. Il faut s'adapter.» Pour faire face, il a scindé son personnel en deux équipes. «On fait des tours de rôle.»
Malgré le free style, l'hôtelier-restaurateur ne regrette absolument pas d'avoir fermé au public L'Héritage pendant une semaine afin d'accueillir l'équipe de Harry Cleven. «Moi, je trouve ça fun et sexy. C'est un super plan si on est prêt à voir les lieux transformés et chamboulés», dit-il. Il l'assure: «Je suis prêt à le refaire.»
A l'écouter, ce ne sont pas des considérations économiques qui l'ont poussé à mettre le doigt dans l'engrenage des tournages à L'Héritage. «Economiquement, je ne perds pas d'argent mais je n'en gagne pas. Ces productions ont des budgets serrés et négocient au plus près. On n'a pas négocié sur le nombre de chambres occupées et le nombre de repas servis, mais sur la base du taux d'occupation moyen de l'établissement», explique Vincent Ballanger. Pas question donc de faire sauter la banque de l'Euromillion en accueillant Harry Cleven et Dominique Pinon. «Mais c'est une bonne expérience, qui ne fait pas perdre d'argent et permet de communiquer.»
D'ailleurs, les retombées économiques locales d'un tel tournage sont difficilement mesurables, même si Poitou-Charentes Tournage assure qu'un euro investi par les collectivités publiques pour soutenir un film génère localement de sept à dix euros. La semaine dernière, acteurs et équipes de production n'ont guère eu le temps de profiter de la vie cognaçaise, de consommer localement et de découvrir la ville.
«On doit absolument faire toutes les prises de vue en six jours pour entrer dans le budget. Les journées sont donc denses et on n'a pas le temps de faire autre chose que travailler», dit la directrice de production, patronne de l'ombre au comportement pourtant très star-system.
«En attendant le bonheur»
sera diffusé sur Canal Jimmy
et Ciné Cinéma
au printemps prochain.